Martiniquani-Thé

LES PETITS PLATS AN TAN LONTAN

Les souvenirs de papa maman papi et mamie…

Bon, il y a quelque temps, je vous ai pondu un article qui parlait des plats de mon enfance dans les années 90, de toutes ces choses que je ne mange plus et que j’ai littéralement oublié.
Si tu ne l’as pas encore lu, le lien est juste ICI.

Mais je ne me suis pas arrêtée là. J’ai profité d’un dimanche en famille pour demander à mes parents, et grands-parents de me parler des plats et autres sucreries de leur enfance.

Et pour le coup, je te propose un voyage dans le temps, à travers plusieurs époques, des années 40 jusqu’aux années 80, afin de découvrir les vrais manjé maléré.
Pas les recettes élaborées des livres de cuisine de la bourgeoisie foyalaise (quoi que…), mais les plats du quotidien :
ceux de parents débordés et pas hyper riches, d’enfants pleins d’imagination capables de transformer un simple fruit en plat 3 étoiles! 

Da Elodie et ses recettes de BOURGEOISE de Fort-de-France là

De l’ingéniosité, de la débrouillardise… et surtout plein d’anecdotes.

Je te préviens déjà l’article sera LONG donc 
1) tu prends ton matcha, ton ube latte ou ton dité péyi
2) je te conseille de te lire sur ton ordi pour etre à l’aise et faire le max de pauses
Parce que mes articles sont un vrai MOMENT de détente c’est pas des trucs que tu lis flap flap comme une breaking news. Portequoi!
3) TU PARTAGES parce que je te jure qu’entre le recueil d’anecdotes, la retranscription et la recherche d’illustrations, d’images d’archives, cet article a été vraiment épuisant à écrire! donc RESPECTEZ MOI! On fait ça FOR THE CULTURE!

LE PETIT DÉJEUNER

Aujourd’hui on fait des brunchs, on se fait des pancakes, on va à ZakariMQ man avan pa té ni sa! 
Quand tu vivais à la campagne dans les années 50, les choix étaient limités hein!

https://www.instagram.com/zakari.mq/ Les brunchs de 2026

CHOF TI NAIN CHOF FWI A PEN

Tu as déjà entendu tes grands-parents te raconter qu’à leur époque :
“sété lédjim bon matin an midi o swè!”

Moi oui.

Eh bien voilà, c’est ça les “chof ti nain, chof fwi a pen”.

À la campagne, dès le matin, la marmite était déjà en train de bouillir sur le tesson et ce, pour toute la journée. Et quand c’était vraiment LA HESS, lè manman’w té maré kout, bref quand y’avait pas d’argent, ben c’était fruit à pain ou ti nain dès le petit déjeuner. 

Tu as faim? sers toi! Voilà, point.

DLO CAFÉ PAIN EPI MARGARINE


Il arrivait quand même que l’on mange autre chose au petit déjeuner.

Le pain margarine/bè wouj épi dlo café ou tchololo était un petit déjeuner assez courant chez les familles martiniquaises.

Bien sûr, les bourgeois avaient leur lait frais livré tous les matins… et même de la confiture et du VRAI BEURRE…

LE MACADAM

Alors le macadam, c’est spécial. C’était un petit déjeuner particulier.
Mon père m’explique que lui, il a connu ça à Fort-de-France.
C’était le petit déjeuner des “travailleurs de force” :
ceux qui soulevaient les gros paniers de légumes ou de poisson pour les marchandes. 

On en proposait au marché aux légumes et chez Madame Marie-Sainte, une véritable institution.

@franceantilles

FARINE MANIOC

Ma mère me raconte que lorsque sa famille d’accueil faisait de la farine de manioc,
té ni farin’ maniok an tout kay la : an la tchuisin’, an ba kaban’, tou patou !
Et dépi ou té mélé ! sété farin maniok !

Donc au petit déjeuner c’était: farine de manioc mélangée à du café (oui) de l’eau ou très rarement du lait, et un peu de sucre. 
Et bwa pou nou alé.

LES SANDWICHS

Jusqu’à maintenant les sandwichs représentent le petit déjeuner “à emporter” par excellence en Martinique. 
Du jambon-beurre, au thon mayonnaise de Baguette Shop aux sandwichs plus MASTOKS du style poisson frit des gars qui bossent sur les chantier […]le sandwich est là pour embaumer tes fragiles narines de bon matin dans le taxico ou le TCSP… Un traumatisme. 

Mais avant les années 80 et l’avènement des snacks, les sandwichs étaient principalement préparés par les mamans à la maison, souvent pour leur mari, souvent avec les restes de viande de la veille: 

  • lanmori frit
  • chiquetaille lanmori, 
  • pwason sec woti
  • makro
  • hareng saur 
  • sandwich zaboka 
  • sandwich saucisson (un peu plus tard) 
  • sang frit (quand on tuait un cochon dans le quartier) 
  • ou tout simplement sandwich bè ou pain épi fig mi!

Bref on faisait avec ce qu’on avait.

@gaul-charcuterie.com

LE DEKOLAJ

@antanlontanmedia

Je ne peux pas parler du petit-déjeuner et ne pas évoquer les fameux “dékolaj”, le sec (le verre de rhum) que les darons prenaient dans les bars du quartier avant d’aller au travail. 

Il était accompagné d’une “kraz”, à savoir un verre d’eau ou de madou, boisson à base de feuilles d’agrumes (fey citron, mandarin’, zoranj) de sucre et d’une “priz” de farine france ou bicarbonate! 

* A noter qu’on pouvait également prendre le dékolaj chez l’habitant, lorsque l’on travaillait chez lui, en “kout’min” par exemple. 

DÉJEUNER

À ton avis, on mangeait quoi au déjeuner ?
Tu as cru qu’on allait chez au Saladier Bio ou bien au Snack Elizée? Ou encore en déjeuner d’affaires au Palm?
Pa rété la! LE-DJIM!

@albergoindin

LEDJIM’

Lédjim épi lan mori
et ne crois pas que tu auras beaucoup de chair :“sé an ti tchoutchout lanmori yo ka ba’w”
Ça coûte cher ouesh !

Parfois même, tu avais droit à la “morue rouge” :
une morue qui avait pris de l’eau dans le bateau lors de son transport. Elle arrivait mouillée et commençait à devenir rance.
Il fallait la faire sécher au soleil.
Mais le goût restait quand même un peu altéré.
Mon père n’est pas ultra fan.

Autres variantes:

  • lédjim épi makro salé
  • lédjim épi pwason sec
  • lédjim épi pwason mô séché: les poissons morts dans les filets n’étaient pas jetés :
    on les vidait, on les faisait sécher et on les consommait en souskay.

T’as cru quoi ?
Que la vie c’était un bol de toloman ?
Non. C’était la HESS je t’ai dit! 

Bien sûr, on ne mangeait pas ça sec.
Le plat était accompagné de la fameuse…

LA SAUCE « AU CHIEN »

Alors là, laisse moi vous diw:
vous me fatiguez avec cette histoire de sauce au chien.
Donc on va régler ça une bonne fois pour toutes.

1 Oui j’ai dit « AU CHIEN » pas « CHIEN »!
Ma maman m’a dit que i pa té konet SAUCE CHIEN sé sauce AU chien yo té ka di et comme cest MON ARTICLE… ‘Ma tatie du côté paternel a aussi confirmé …
(même Tatie Marie-France a dit que elle connait pas « sauce chien » alors)

2 Ce que vous faites aujourd’hui, votre truc ultra élaboré…ce n’est pas une vraie sauce au chien
Sauce au chien = sauce maléré.
Soyons logiques : les gens ne pouvaient pas se permettre de mettre 20 000 ingrédients dans leur sauce.
Mes tantes me racontent que leur maman cuisinait parfois avec un quart d’oignon, parce que c’est tout ce qu’elle avait. Un quart d’oignon pour une famille nombreuse, épi tu crois qu’elle allait te mettre un bouquet garni et du piment végétarien dans la sauce? Y’avait pas! Les mamans n’avaient pas beaucoup de condiments à disposition. 

3 Arrêtez de vous battre pour LA vraie recette, ELLE N’EXISTE PAS.
Comme toutes les recettes populaires, il y a autant de recettes que de familles.
Ça dépendait simplement de ce qu’il y avait à la maison.
Parfois maman avait de l’oignon péyi : elle en mettait.
Parfois elle n’en avait pas : elle n’en mettait pas.
Et ça n’empêchait personne de manger.
Donc peut-être que ta mamie avait accès à certains produits que ma mamie n’avait pas, épi voila!

Epi foutez-nous la paix avec ça !

La sauce au chien originale de ma famille:
Et venez même pas me saouler en commentaires.
Loyon, lay (écrase bien pour bien prendre goût car pas beaucoup oignon) poivre, ji citron, bouyon lédjim lan (pas de sel) ti brain luil (ti tchoutcout luil, dé zié luil) des fois oignon péyi, persil si il y en avait sous la main…C’EST TOUT … On continue…

LE SÉRA

Le séra c’est un mélange de citron ou vinaigre, ail, huile, poivre, qu’on ajoutait à la fin de certains plats: blaffs, courts-bouillons de poisson, matoutous, lambis,chatrous, riz au giraumon, ti nain trip, migan de fruit à pain … pour donner un coup de pep’s, un dernier kick à tout ça! Ça fait toute la différence

LE POISSON

C’était surtout les mardis et vendredis, les jours de marché.
Et il était accompagné de…LÉGUMMMES.

@facebook – jour de marché

LE DIMANCHE 

Le dimanche c’était un peu plus spécial! 
Par spécial j’entends qu’on mangeait toujours des légumes hein…
… Mais avec de la VIANDE et souvent avec des lentilles ou des haricots rouges! 

Ouais mais calme toi hein, la viande c’était un ti morceaux que tu gardais souvent pour la fin tellement c’était précieux, et les lentilles/haricots il fallait les chercher dans l’assiette hein. 
J’ai demandé à ma maman si y’avait du dessert, elle m’a dit “tchip ki dessert? paté ni dessert”. Bref. 

LE GOÛTER

C’est maintenant l’heure du goûter.
Mais bon… il faut être honnête : même là, il y avait souvent des…
LÉGUMES. Oui oui (Non ne craque pas!) 

LÉGUMES ET FRUITS RÔTIS

Alors ça c’est plutôt dans les années 50-60. Mes grands-parents ont connu ça. Les enfants n’avaient rien d’autres alors ils faisaient avec ce que la nature leur donnait… 

PATAT’ DOUS’ WOTI

Une patate douce que l’on mettait directement dans la cendre chaude du feu.
Quelques minutes plus tard, elle sortait sucrée et fondante.

FWI A PEN WOTI

Le fruit à pain rôti, c’était un classique. Quand le fruit était cuit, avec son pouce, on faisait un petit puits dans la chair chaude, et on mettait un peu d’huile ou du gwo siwo dedans.
Mon papi a dit que c’est trop bon alors on lui a demandé pourquoi il a pas encore fait ça pour nous! N’importe quoi! 

@yelluhmeat à la Barbade, pour tous les amoureux de fruit à pain rôti

FIG WOTI 

Pareil tu mettais la banane près du fouyé difé, forcément c’est plus fondant et plus sucré! 

GREN TCHENET WOTI 

Hein? oui oui! Une imagination débordante je te dis!
Les graines de quenettes étaient grillées, la graine éclatait légèrement à la cuisson, on ajoutait un peu de sucre… et c’était le goûter. Moi je dis: à tester en juillet! 

COCO SEC WOTI

Askip ça aussi c’est super bon! Mais bon encore une fois papi n’a pas fait ça pour nous! 

MAYI WOTI

Bon ça je pense que tu connais si tu as eu la « chance » d’aller à Porte de la Chapelle ou à la gare de Saint-Denis… (traumatisme d’étudiants). A la Barbade aussi c’est hyper populaire (et plus stylé) 
Bref bagay la ni an gout popcorn cest forcément délicieux! 

même Rihanna connait ses classiques

SOUSKAY MANGO

Le souskay mango c’est une salade de mango vert assaisonnée avec du citron ou du vinaigre de l’ail du sel et an moso piment.

Mon père me raconte que les enfants adoraient préparer ça lors des “batem popot”. 
Oui c’était la tradition: quand une petite fille se voyait offrir une poupée, ben c’était un évènement, si bien qu’elle organisait un baptême pour sa poupée! 
Bref, c’était un jeu d’enfants quoi! Elle invitait ses copains du quartier, choisissait un parrain et une marraine et faisait une tite dinette! 

“Nou ka alé an la tchusin’ lan nou ka volè ti brin luil’ ti brin sel ti brin pwav, épi nou ka fè an salade zeb koues, an souskay mango épi an ti boutey soda nou té ka koupé’y épi dlo!”  Mon papa

FARINE MANIOC ET SUCRE

J’ai déjà parlé de la farine manioc au petit déjeuner mais tu te doutes qu’on en mangeait également au goûter!
Soit tu le mange sec, ou tu rajoutes du lait et du chocolat en poudre (plus dans les 80’s).

C’était le goûter de Tonton Jean-Luc et tatie Mimi (le frère et la sœur de ma maman). Dès qu’ils revenaient de l’école, manman c’était farine manioc devant le Club Dorothée.

@lesenfantsduretro

DU PAIN 

Avec plein de variantes bien sûr! 

  • pain luil épi sik
  • pain épi fig mi (avec une banane)
  • pain épi lèt Nestlé avec du lait concentré 
  • pain épi margarine
  • pain épi margarine épi chocolat Nesquick 
  • pain épi margarine épi chocolat Elot (la base) 
  • pain épi margarine épi konfiti
  • pain épi saucisson Gaul 
  • pain épi fromage la vache qui rit, la vache noire

C’est universel!

@antanlontanmedia

LE SOUPER

Le soir, on mangeait souvent très simple.

LES OMELETTES

Les omelettes c’était souvent un plat du samedi soir, dans les années 80. Tu te doutes bien qu’on avait pas que ça à faire que de consommer des OEUFS à tout va! Mais ça va pas ou quoi? 

Dans les années 80, les moyens financiers le permettaient plus. 
Après faut pas s’exciter non plus hein, c’était souvent omelette aux sardines ou plus sobrement omelette … AUX OEUFS!
Parfois on accompagnait ça d’une petite salade de tomates, de laitue et une tite palette de pain DU JOUR (puisque le reste du pain rassi de la veille, avait été consommé le matin, donc là ou té pé manjé pain fré a)! 

LA SOUPE

@facebook Marc-André Rémilien

Tu vois dans les familles le truc était codifié: le vendredi c’était poisson (le mardi aussi), le samedi soir c’était un peu plus fun, le dimanche midi c’était lentilles/haricots rouges et viande et le dimanche soir (en général) c’était soupe! 
Voilà faut pas chercher plus loin! 

Les soupes les plus populaires étaient

– la soupe maigre: simplement une soupe de légumes

– La soupe zo ou soupe trial : une soupe à base d’os et de gras de boeuf. 
Tu allais chez le boucher il te donnait un kilos d’os, et il avait un bloc de gras de boeuf suspendu, il te donnait un morceau. 
Alors cette soupe c’est un cauchemar hein entre les morceaux de boeuf tellement durs qu’ils peuvent cuire des heures sans s’attendrir, et cette couche de graisse qui se formait au dessus …. 
Le lendemain matin tu devais utiliser de l’eau chaude quand tu faisais la vaisselle pour essayer de te débarrasser de tout ce gras! Pa té ni PAIC CITRON ! Mon père en est encore traumatisé !

– QUID de la soupe pied?
La soupe pied c’est la base, mais dis toi qu’avant c’était une soupe de LUXE… Oui oui! 
C’était les bourgeois qui mangeaient ça! Ben oui, un boeuf n’a que 4 « pieds »!
Et ils étaient déjà réservés par pour les gran jen! 
Epi attend Madame de SEKEDE avait sa préférence pour les pattes avant! 
Non non soup pié sé pa té manjé maléré! 

C’est lorsque la Sofrima, l’ancêtre de Promocash est arrivé, qu’on a commencé à avoir de la viande congelé. A ce moment là, la soupe pié a pu se démocratiser. 

LA SOUPE DE LENTILLES/POIS CASSES

Hey,la soupe (en vrai c’était plutôt un velouté) de lentilles, c’est super bon! Avec un peu d’huile de tournesol et un morceau de pain… miam!!

 

@mylenelydieromain

LES CHEVEUX D’ANGES / LE RIZ AU LAIT

Le samedi soir, cétait LA FETE! On faisait des omelettes ou alors des “cheveux d’ange” (vermicelles) avec les pâtes Sagittaire, du riz au lait ou une crème (farine maïs, crème custard à la vanille) Et on mangeait ça avant de regarder Dallas! Oui avant, pas pendant, car quand il y a Dallas à la télé, on ne doit rien faire d’autre, il faut etre ultra CONCENTRE!

LES REPAS DE FÊTES

On va ici distinguer 4 types de fêtes: tout d’abord les bals ensuite les fêtes patronales les zouks et les fetes familiales ok?!

LES BALS 

Chaque association sportive organisait ses bals, les pompiers aussi, les associations de communes, genre La Franca… Aussi…
Et c’était de vrais trucs, de vrais événements, la crème de la crème : La Perfecta, Les Léopards, Blue Star, Swing King…
Un jour j’en ferai un article, si jai pas la flemme.

Mais on mangeait quoi ? 

– Des oeufs durs:  Oui, des oeufs dur à l’unité avec un peu de sel poivre et c’était un truc de ouf! Je t’ai dit que les oeufs c’était stylé! 

– Une assiette anglaise : Un banger selon mon père: une assiette avec du poulet, du jambon, des petits pois, des crudités, du saucisson…

@HC

Y’avait quoi d’anglais là dedans? I do not know!

– Du chèlou: Toujours grâce l’arrivée du surgelé dans les années 60-70, il a été possible de faire certains plats en grande quantité, dont le chèlou et le Kolbou, des plats indiens à base d’abats.
Forcément tu dégustais ça dans le nord, au bal du Club Péléen par exemple.

LES FETES PATRONALES 

J’ai été à la fête patronale du Robert cette année, c’était bizarre: il n’y avait pas d’odeur de rognons grillés.
Ouais pour moi c’est ça la fête patronale: des brochettes de rognons qui grillent dans des Joupas, ces petites tentes qui font office de restaurants éphémères.

On y servait: de la fricassée de lambis, de chatrou, du ragoût de boeuf, du poisson grillé, et bien sûr des brochettes de lambis, rognons, foie, coeur.. accompagnés de légumes de riz avec pwa rouj s’il vous plait ou encore des frites! L’odeur dans les rues …Je ne peux même pas décrire…

Ma grand-mère, Man Agnès avait une joupa, tatie Marie-France l’aidait parfois à griller la viande.
Elle a raconté qu’un soir elle avait rendez-vous avec son fiancé de l’époque pour aller voir La Perfecta au Miramar, mais sa maman ne semblait pas vouloir laisser notre Cendrillon aller au bal. Elle a réussi à fuir mais, déjà en retard, elle n’a pas eu le temps de se laver les cheveux. Bref son cavalier a été enivré toute la soirée d’un doux parfum de rognons grillés… Mais quand on est amoureux…

LES FETES FAMILIALES 

Baptemes, premieres communions, mariages, c’est vraiment à ces moments là qu’on mangeait des « manjé ki té ka soti di lordinè »!

Parce que faut comprendre un truc: À l’époque, certaines personnes découvraient des plats un peu « originaux » grâce aux mamans aux taties, qui travaillaient en tant que femmes de ménage chez les familles bourgeoises de Fort-de-France.
C’était le cas de Tatie Flavie, qui travaillait chez Albert Vénutolo, le célèbre bijoutier.
Là-bas, elle a bien sûr appris d’autres plats, d’autres manières de cuisiner. Naturellement, elle reproduisait ces recettes à la maison lorsque la famille recevait, apportant ainsi des mets plus “raffinés” ou inhabituels à table.

Au menu:

ENTREES FROIDES :

salade variée avec des oeufs: oeufs durs, oeufs mimosa, ou omelettes aux sardines. On donnait un ti carré d’omelette à chaque personne. 

ENTREES CHAUDES :

Le célèbre paté en pot oui il fait 32°c et alors?

PLATS

– poule sur pied:
d’où le célébre kissa ou lé poul épi di ri? 
La fricassée de poulet avec du riz (bien pâteux bien « ri ordinè » bien riz Sélect » était un plat de roi. Si tu mangeais ça deux fois dans l’année tu étais chanceux

– Du mouton en ragout et c’est délicieux!

– le gigot d’agneau
Que l’on servait surtout lors des mariages. A midi au déjeuner, ou en fin d’après-midi, en sandwich (ti pains) pour le « zouk »!

– les fameuses brosse à dents
Ça c’était pour l’élite!
Des côtelettes d’agneau dont la viande est descendue jusqu’à l’extrémité de l’os, puis attachée, assaisonnée et cuite avec un peu de chapelure.
Les brosses à dents c’est le traumatisme de tout enfant antillais. Pourquoi? Parce que c’est super bon, mais super rare, et parfois, ils voyaient leur famille cuisiner les brosses à dents et ils n’en avaient pas UNE SEULE! Ça c’est un truc pour développer un stress post-traumatique désolée.
Mais tu sais c’est quoi le pire? C’est que parfois tes parents réservaient les brosses à dents pour certaines personnes: des notables de la ville genre… Des gens qui en réalité les méprisent, et qui ne les inviteront JAMAIS à leurs fêtes. Sa patétik mè sa ou lé fè!

– le gratin de pâtes:
Que les Italiens ne voient jamais ce qu’on a fait à leurs pâtes. Parce que le truc ressemblait plus à un gâteau hyper compact qu’à un gratin de pâtes crémeuses. Des pâtes de types macaroni ou coquillettes, bien trop cuites, faut qu’elles se délitent sinon ça marche pas, une béchamel, un ti zizin’ de fromage. Et voilà, le rêve de tout enfant des années 70!

– le gratin de christophines:
T’as déjà vu une fête de famille antillaise sans gratin de christophines? Non. Ben voilà.

DESSERTS 

– flan au coco
– blanc manger coco
– sorbet coco ou cacahuète, quand y’avait une sorbetière dans les parages

@hc papi et mamie grajan le coco

– Le pain doux
Lors des mariages. Le pain doux, la confiture de goyave ou de banane et bien sûr … la meringue (mon Dieu mes dents…) Les enfants en faisaient une dinette pour leurs poupées!

– Le Pain au beurre chocolat
Le chocolat 1e communion se prenait le jour de la 1e communion au petit déjeuner. On invitait les enfants du quartier pour le prendre avec le communié avant ou après la messe.

Ou alors on le servait après les messes de sortie ou messes d’anniversaire du défunt. On se réunissait après la messe, dans « les chambres », des sortes de petits studios que certaines familles de la campagne louaient au bourg. C’était leur pied à terre, quand elles allaient travailler au bourg: les gens pouvaient s’y changer, ou déjeuner…

Bref voilà des photos…

DESSERTS ET SUCRERIES

On vient bien sûr d’en évoquer pas mal, mais tu te doutes bien qu’il y a encore quelques douceurs à découvrir!

PUNCH AU LAIT/BAVAROISE

Le punch au lait c’est une boisson à base … de lait (sans blague) frais! Oublie ton lait UHT là non non!
Le lait doit etre frais donc bien gras pour bien mousser!
Mais ta maman ne faisait pas ca tout le temps. On le consommait peut être une ou deux fois par an, quand il faisait froid (froid genre 24°c tu connais!)
C’était le seul moment où l’on autorisait les enfants à boire un ti zizine de rhum, mais vraiment très peu « an fon vè »!

CREME CUSTARD

Une crème à la vanille, l’ancêtre des crèmes Ancelly (qu’on mets dans le chocolat pour l’épaissir).

YAOURTS

@franceantilles

Les yaourts étaient un produit de luxe. Mon père se rappelle de l’arrivée des yaourts dans les années 50 avec la marque Courvil. Ensuite il y a eu Romain, Cito, ou encore Litté.
On ne les mangeait pas en dessert à la cuillère, mais on les achetait à l’unité dans les boutiques et les consommait sur place avec les doigts, car … Pa té ni tchuyè!

Dans les années 70-80 ma maman achetait des « yaourts durs », à savoir « des yaourts congelés, chez M Jocelin après la messe au bourg du robert.

GLACES

Des sinobols et des « glaces à l’eau maison » chez Mme Plancel le week-end, à l’arrivée des glaces MIKO: Frozen coco, Crémita, Esquimo… et des célèbres Floup, un vent de fraîcheur souffle sur la Martinique dans les années 70!

J’en profite pour militer pour le retour des Crémita hein…

@pinterest daisypena

SUCRERIES

Sucre d’orge (pipes), philibo, tablette coco, nougat pistache, lotcho, totot’ fwi a pen, chadek glacé.. Bon tout ca je pense que tu connais !

BISCUITS

A l’époque de mon père, il y avait les Amusantes et les Biscuits Pernot, une marque dijonnaise qui a existait du milieu du XIXe siècle jusqu’en 1974 (c’est pour ça que nous on connait pas!)

Et justement dans les années 70-80 on commence à consommer plus de biscuits, avec la marque Girard bien sûr et ses célèbres: Cariacou, Super Choco, Ajoupa ou encore Ti Bo…

 

LES BOISSONS

À l’époque, les sodas étaient réservés aux grandes occasions : Noël, Pâques, baptêmes et autres fêtes de famille.

On achetait généralement deux caisses de sodas. Une fois par semaine, la voiture de livraison passait et on laissait simplement l’argent sous la caisse, et personne n’y touchait ! C’était une autre époque.

Et les bouteilles, on les partageait! Ne crois pas que tu allais boire ta bouteille de 50cl seul! Non non!
Souvent ta maman diluait le soda avec de l’eau et un peu de sucre.

Parmi les boissons populaires à cette époque, on retrouvait :

  • SUPER
  • ROYAL
  • ZEMBA COLA
  • MIRINDA
  • TANG
  • BEL ORANGE
@antanlontanmedia

AUTRES

BROCHETTES PARTY

Chez mes grands-parents on organisait pendant les grandes vacances des “brochettes party”. Quand la famille de Francais descendait en congés bonifiés.

On faisait ça souvent le samedi soir. Dès le midi on assaisonnait les abats, moins chers (foie, cœur de bœuf, rognons, frissi) et toute la soirée on restait autour du feu et faisait cuire les brochettes au fur et à mesure. 

On prenait la blague, on jouait à la belote aux dominos et on écoutait DU KASSAV bien sûr! 

LE LEM

Dans les années 70-80, à Fort-de-France, sur le boulevard Général-de-Gaulle (La Levée) juste en face du « cimetière des riches », il y avait un snack super célèbre pour…son poulet-frites! Un quart de poulet accompagné de frites surgelées ou de petits pois (truc de fou) avec du ketchup et de la moutarde.

Je sais pas si tu réalises la dinguerie là…! Mais demande à ta maman à tes tontons ils vont te dire!

@shutterstock

Le snack a été créé par M Croisan, un homme d’affaires martiniquais, organisateur de spectacles dans les années 60. Il a beaucoup voyagé aux Etats-Unis d’où il a ramené certains snacks et friandises populaires là bas.

Il est aussi à l’origine de la création de…

CONEY ISLAND

Parce que oui tu connais Coney Island aux Etats-Unis, mais est ce que tu savais qu’il y avait Coney Island … A Fort-de-France?
Une fête foraine organisée sur la Savane.

Pourquoi ça a marqué toute une génération? Parce que c’est avec Coney Island que les Martiniquais découvrent …LE GRAS! De très loin on prenait l’odeur de la friture « on n’était pas habitué à ces odeurs là »
Hot-dogs, poulet-frites, hamburgers, barbes à papa, pommes d’amour, pop-corns… T’imagines? L’huile se vend à la chopine (un demi litre) ou à la roquille (1/4 litre) ou à la « musse » (la moitié d’une roquille), le sucre est rationné à la maison et là tu manges des trucs gras et sucrés… Ton corps il doit pas comprendre!

@joelcroisan-cecina

Comme je l’ai dit , ces plats, ces recettes racontent une autre Martinique.

Déjà une Martinique loin de la vision fantasmée des plats emblématiques de l’île. Car oui il existe autre chose que les « gratins de christophines » et autres « pain au beurre chocolat ». Car il y a un monde entre ce qu’on raconte au sujet de ces recettes et la réalité des gens de l’époque.

Mais aussi, ça raconte une Martinique qui n’existe plus; une Martinique qu’on ne connait, ou dont on ne se rappelle presque plus.

C’est ça que je veux surtout dire: ces recettes elles ont une histoire, elles sont liées à des souvenirs, à ces choses qu’on trouvait banales, qu’on faisait tous les jours sans s’en rendre compte: tartiner son pain de beurre rouge, faire la soupe le dimanche soir…
Ecrire cet article ça a donné lieu à des discussions super intéressantes avec mes parents et mes grands-parents, ça leur a permis de se remémorer des choses oubliées, des choses qui semblent tellement loin, tant elles ne font plus partie du quotidien.

Et c’est pour ça que je continue à écrire des articles, pour que ces histoires vivent quelque part.

Et je vous invite à en faire de même: parlez avec vos aînés, enregistrez-les, écrivez.

Et surtout n’hésitez pas à me dire quelles recettes j’ai oublié!

Vous savez ce que vous avez à faire.

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